Les suffragettes de Drom !

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Jacqueline et Monique rient encore de cette (nécessaire) expédition

   Créée en 1881, la fromagerie de Drom a un statut de coopérative depuis 1889, gérée par ses sociétaires. Si leur nombre a varié au fil des décennies, ils se sont toujours impliqués dans la bonne marche de cette structure mutualiste, administrée par une assemblée délibérante, mais aussi active sur le terrain. Tous les producteurs siégeaient au conseil d’administration et, après l’assemblée générale annuelle, continuaient autour d’une bonne table. Comme beaucoup d’autres, cette sympathique démocratie rimait avec phallocratie ! Les épouses de ses messieurs, si elles participaient autant (sinon plus !) à la bonne marche des exploitations agricoles, n’étaient pas conviées aux réunions de la coopérative . . . et encore moins au repas : il fallait bien que quelqu’un reste pour traire les vaches !

   Dans les années 70, deux d’entre elles, Renée et Jacqueline, décidèrent alors de sortir aussi au restaurant ce jour-là. Elles se retrouvèrent alors à cinq ou six pour un moment sympathique à l’auberge de Ramasse où, dans la salle du fond, leurs maris avaient commencé la deuxième partie –conviviale- de leur réunion ! Grâce à la complicité du chef Joly, qui garda bien le secret, ces derniers ne savaient pas que certaines de leurs compagnes étaient tout près.

   Vint un moment où le président de la coopérative sorti de la salle, les aperçu et en fut d’abord bien étonné, ensuite fort embêté : « les femmes triment toute l’année, mais seuls les hommes vont au banquet ! » lui déclarèrent ces (presque) précurseurs des « Femen » Il leur proposa alors de venir les rejoindre, mais essuya un refus. Du côté des messieurs mis au courant de la situation, Claudius, sûr de lui, déclara : « et bien la mienne, elle est pas là », alors que « sa » Fernande n’aurait manqué pour rien cette occasion de s’amuser et de revendiquer !

   Finalement, ces suffragettes revermontoises rejoignirent la mâle assemblée pour le dessert et, depuis, les épouses sont toujours conviées au repas post-assemblée générale ! « Mais ça ne les arrangeait pas bien, parce que, les hommes, le soir, ils avaient l’habitude de bien s’attarder quand c’est nous qui faisions la traite ! » nous confient les dernières survivantes de ce commando.

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  Quelques photos d’archives : bien des années plus tard, l’assemblée générale du 1er mai 1989 (avant le repas à l’auberge de la Tour, à Ramasse . . . en compagnie des épouses !)

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               Bien des anciens nous ont quittés . . .

et les jeunes sont devenus des anciens !