Charles Dérudet a rejoint les étoiles qu'il aimait tant observer.
Il était le dernier fromager à pratiquer l'acrobatique pêche à la toile, avant la modernisation de la fruitière.

   Né à Germagnat en 1930, Charles Dérudet est le huitième d’une fratrie de neuf. Très jeune, il observe la nature et garde les vaches à la ferme familiale avant d’être « placé » à Toulonjon jusqu’à son certificat d’étude, tout en étant agent de liaison pendant la guerre. Puis il va travailler chez son frère, à la fromagerie de Villereversure où il découvre son futur métier.

   Son brevet de maître fromager en poche, il épouse Rosette. Le couple emménage à la fromagerie de Bohas, puis à celle de Drom, où il passera presque 30 années, lui à la collecte du lait et à la fabrication du Comté, elle à la vente, à la comptabilité, et à la préparation du beurre et des fromages blancs, tous les jours de la semaine, toute l’année. Modeste, discret, Charles s’occupe aussi d’entretenir le site du lavoir, derrière la fruitière.

Un travail très physique

   Le travail n’est encore pas automatisé : le fromager pratique la méthode manuelle et très physique de la « pêche à la toile » mais, malgré ces journées éreintantes, il s’occupe de la maison, du jardin et de ses six enfants qui se réjouissent de ses jeux de mots parfois absurdes et à qui il aime réciter « Le loup et le chien », de La Fontaine.

   L’heure de la retraite venue, le couple s’installe à Jasseron où il peut enfin connaître le confort d’une maison fonctionnelle … et le temps libre ! C’est le moment des voyages, des chants, des banquets, des jeux et concours, et du développement des relations amicales qu’une vie de labeur a trop mis de côté. Charles aime travailler le bois et fabriquer des objets utiles et ingénieux pour la maison et ses enfants. Il se partage désormais entre le jardin, l’atelier, l'ordinateur, les aînés ruraux, le verger, la lecture du journal ou de livres, se passionne pour l’espace et l’Egypte. Il sème, agrémente, fabrique, aide, plaisante, s'informe et ne manque pas la pause quotidienne café/gâteaux de 17 h de Rosette !

   Rosette dont la santé se détériore et qu’il seconde vaillamment jusqu’à son dernier souffle, il y a bientôt trois ans. Inconsolé, il retrouve quand même goût à la vie par de bons moments en famille, lors de promenades ou en contemplant les étoiles qui le fascinent.

  Jusqu’à ce qu’il y aille, pour rejoindre Rosette.

A 60 ans, Charles fabriquait encore quotidiennement les dernières meules de Comté
à "la pêche à la toile", méthode traditionnelle  nécessitant force et adresse.

Dans un coin de l'atelier, Rosette est à la vente (remarquez les trous dans le Comté, obligatoires à cette époque, interdits aujourd'hui . . . )

Départ en retraite et transmission à Liliane et Gilles.

Un homme humble et discret, un ouvrier infatigable et passionné.

(Merci à Myriam DERUDET pour la dernière photo)

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