Marcel Raffin

   A Drom, il y a . . .  déjà plusieurs décennies (le 14 septembre 1927), dans le foyer des Raffin, naissait un petit Marcel, fils unique de cette famille d’agriculteurs. En ce temps-là, on préférait employer le terme de « cultivateur ».

    Marcel va à l’école de son village et décroche sans peine le Certificat d’Etudes. Il aurait pu pousser plus loin ses études, mais son papa est décédé trop prématurément ; il reprend donc très jeune, très très jeune, l’exploitation familiale.

    La guerre survient pendant son adolescence. S’il est trop jeune pour partir, il est de ceux qui restent pour travailler. Beaucoup d’hommes manquent au village et l’effectif des sapeurs-pompiers est dangereusement insuffisant. Plusieurs jeunes de 16 ans sont intégrés à la compagnie en 1943 : Marcel est de ceux-là.

    En 1946/1947, les hostilités sont terminées, mais il lui faut accomplir son temps militaire. Il est donc affecté dans les troupes d’occupation en Autriche.

    Et la vie reprend avec le retour à la vie civile dans son village natal.

    En 1953, il est élu au conseil municipal ; en 1959, il devient adjoint au maire. Il est aussi chef des pompiers de son village, et encore secrétaire de la coopérative de fromagerie : la table de la cuisine est souvent couverte de documents comptables, et de colonnes de chiffres qui occasionnent des calculs (de tête !) tard dans la nuit. Son esprit mutualiste l’amène aussi à la création d’une des premières CUMA du département (Coopérative d’Utilisation de Matériel Agricole).

    Cette nature altruiste, confortée par des convictions chrétiennes, le conduit aussi naturellement à la J.A.C., la Jeunesse Agricole Chrétienne.

    Et c’est là, dans des rencontres en Bresse, qu’il fait la connaissance d’une jeune femme (enfin . . .  juste un peu plus jeune que lui). Elle s’appelle Flora, elle vient du fond de la Bresse, là-bas, dans un village qu’on appelle Beaupont. C’est l’avant dernière d’une famille de cinq enfants ; une famille de cultivateurs aussi ; bien sûr !

    Alors, . . . et bien oui : Marcel ramène donc Flora à Drom. Elle lui donnera ensuite un petit Michel, en 1961, puis Marilyne, en 1965, qui égayerons la maison familiale.

Un élu de terrain

    La maison familiale, Marcel n’y est pas souvent ! Il essaye au mieux de répondre aux exigences de son métier tout en s’investissant sans compter pour sa commune. En 1971, il doit laisser sa place de chef des pompiers . . . car il est devenu maire (il l’était d’ailleurs déjà un peu, ayant eu à beaucoup suppléer son prédécesseur, victime de problèmes de santé). Il le restera jusqu’en 1983.

    Dans ses fonctions municipales, la collectivité lui doit les transports scolaires, le personnel administratif, la route des crêtes, des améliorations dans la voirie, dans l’activité économique, des créations de réseaux. L’élu rural est toujours là quand il faut remettre l’horloge du clocher à l’heure, creuser une tombe « en urgence » ou même arrêter une bagarre à la fourche dans une écurie !

    Des chantiers très lourds requièrent toute son énergie, tout son temps, toute sa patience : l’adduction d’eau, et la gestion de ce service. En cas de coupure, à toute heure du jour ou de la nuit, par tous les temps, il faut effectuer des recherches, puis creuser pour trouver la fuite, la réparer, et remblayer. Quel soulagement quand ces missions ont été confiées à une société fermière (la Lyonnaise des Eaux), avec le raccordement à Conflans !

   Qui se passerait aujourd’hui du téléphone ? A une époque où il n’y avait qu’une seule cabine (chez l’épicière, puis à la fromagerie), il fallut d’abord convaincre la réticence générale pour trouver suffisamment de futurs abonnés ; puis, encore, l’administration pour qu'elle apporte un tel service jusque dans un petit village . . . tout çà il y a moins de cinquante ans !

    Un autre projet encore lui a occasionné bien du tracas : la carrière de la Livette, au Col de France, avec (déjà ! ) des détracteurs ; elle aura pourtant été une source de revenus non négligeable pour sa commune défavorisée.

    Toujours au détriment de ses affaires personnelles : il se préoccupe moins de sa petite exploitation que de ses missions pour la collectivité.

Altruiste et visionnaire

   Marcel a d’autres idées pour l’avenir de sa commune, mais, trop visionnaire pour certains de ses concitoyens, il préfère arrêter . . . au bout de 30 ans. Toutefois, il n’en reste pas moins présent pour un renseignement, un avis ou un conseil auprès de ses successeurs : sa mémoire et sa disponibilité sont de véritables richesses.

   L’heure de la retraite finit par arriver, mais Flora et Marcel ne s’en rendent même pas compte ! En effet, comme beaucoup, ces paysans ont gardé quelques bêtes. 65 ans sont déjà bien passés quand, un jour, il leur faut une semaine de recherches pour retrouver des génisses égarées au Mont Charvet ! L’épisode marque alors l’arrêt immédiat de l’activité professionnelle . . . mais pas l’arrêt de toute activité !

    Marcel avait suscité la création d’un club de retraités : il en assure la présidence quelques années. A l’association des Amis de Notre Dame des Conches, il fait partie des discrètes « forces de l’ombre », passant des heures en débroussaillage, nettoyage des buis et des bois. Vice-président de l’association Patrimoine, il en est aussi l’ancien, le sage, la mémoire, mais pas que : là encore, il apporte outils et savoir-faire, temps et énergie. Du côté de la paroisse, il répond aussi toujours présent.

    Sans toutes les contraintes de la ferme, l’heure a toutefois sonné d’en profiter un peu, quand même ! Avec Flora ; ils font maintenant les voyages qu’ils n’ont jamais eu le temps de faire. D’Alsace en Périgord, de Normandie en Italie ; la Corse, avec leur premier voyage en avion, l’Autriche, où Marcel a repéré tous les lieux de son service militaire.

    Le poids des années vient alors progressivement ralentir la marche, et Marcel, maintenant deux fois grand-père  s’éteint, doucement, pour ne pas déranger ; il va désormais goûter à un repos éternel tellement mérité.

  Monsieur Marcel Raffin fait ainsi partie de ceux qui ont apporté de réels progrès aux conditions de vie dans son village natal, qui ont toujours œuvré pour la pérennité des institutions locales et l’amélioration du sort de ses concitoyens.